Pas de chichi au chouchou

Pas de chichi au chouchou

À l’heure où la conjoncture nous prive de destinations exotiques, certains lieux misent sur l’ambiance locale. Ou plutôt sur ce qu’elle a été. Guinguette, marché et Gainsbourg sont ainsi au menu de ce nouvel hôtel parisien, qui a opté pour l’hommage au passé et fait le pari… de Paris. Visite guidée.

L’idée la plus anachronique est sans aucun doute l’espace guinguette

 

Alors que la définition classique de l’hôtel se voit de plus en plus bousculée, de nouveaux établissements décident de prendre la problématique à bras-le-corps, en axant directement leur stratégie sur d’autres propositions que la « simple » chambre. C’est le cas du ChouChou, établissement quatre étoiles qui a ouvert ses portes en avril dernier dans le IXe arrondissement de Paris. Implanté dans le quartier de l’opéra Garnier, ce nouvel hôtel de la collection Elegancia trouve sa place entre les grands magasins dépeints par Zola et les grands boulevards chers à Balzac… un fort ancrage parisien donc, assumé jusque dans ce slogan marketing de l’hôtel : « Un lieu de bienvenue à l’accent parigot. » À l’image de nos smartphones contemporains, le ChouChou multiplie les possibilités sans oublier sa fonction de base : le lieu se veut « fédérateur, pluriel et polymorphe… mais […] aussi un hôtel ». Son site Internet en atteste : « On y vit des moments ordinaires avec des gens exceptionnels, et des moments exceptionnels avec des gens ordinaires. » Épicurien par essence, le ChouChou pousse sa stratégie parisiano-parisienne jusqu’à proposer un espace guinguette, un marché et même une scène libre !

 

Aménager pour guincher…

Cette identité est l’oeuvre de Michaël Malapert. Designer et architecte d’intérieur, il a notamment travaillé dans les équipes de Philippe Starck avant de lancer son propre studio parisien voici treize ans. Depuis, il multiplie les projets à travers le monde, le plus souvent autour de l’hôtellerie, des bars et des restaurants (voir l’Agenceur n° 56). Et pour le ChouChou, il a réussi à cumuler les trois, avec style et inspiration. L’idée la plus anachronique est sans aucun doute l’espace guinguette. Installé au rez-de-chaussée sous une vaste verrière, il reprend tous les codes populaires du genre, notamment les tables et bancs en bois façon fête de village, sans oublier les luminaires suspendus. Sur presque toute sa longueur, le comptoir de zinc sert des cocktails français, ressuscitant les alcools d’antan – Suze en tête. On se croirait presque dans un tableau de Renoir. Espace ouvert pouvant accueillir jusqu’à 120 convives, il invite au partage et à la découverte. C’est notamment l’ambition de la scène centrale qui offre ses planches aux talents du futur, des jeunes pousses de la pop culture contemporaine qui désirent se faire connaître, du jeudi au dimanche soir ; à table, c’est une carte exclusivement française qui est servie, avec des produits proposés à des tarifs « pour toutes les bourses ». Au fond, l’arrièrescène se divise en trois salles modulables et privatisables.

Cet établissement demeure un hôtel, doté comme il se doit de chambres – 66 au total, dont trois suites.

… et pour se restaurer…

Mais les originalités ne s’arrêtent pas là. Le rez-de-chaussée offre également un véritable marché à la française : deux échoppes, « terre » et « mer », se font face afin de proposer aux clients un esprit food market, sur place ou à emporter. La Grande Bouffe vend ses produits du terroir et de saison en provenance des campagnes françaises par circuits courts, tandis que la Mer à boire présente ses huîtres et autres fruits de mer arrivés en ligne directe de Bretagne. Les produits ne sont pas réservés aux clients de l’hôtel, le visiteur extérieur peut venir y faire son marché. Une façon de créer une vie de quartier à l’ancienne avec des commerçants de proximité, le tout à la bonne franquette évidemment. Près du lobby, une galerie de miroirs agrémentée d’une multitude d’ampoules multiplie les jeux visuels, pendant que, pour suivre la tendance actuelle, une boutiquemercerie façon bazar parisien offre aux visiteurs la possibilité de rapporter un souvenir. Trois bains privatifs, également ouverts aux clients de l’extérieur, sont proposés en sous-sol, dans un décor feutré et un mobilier sorti tout droit des années 70.

 

… mais aussi pour rendre hommage

Ne perdons toutefois pas de vue l’essentiel. Cet établissement demeure un hôtel, doté comme il se doit de chambres – 66 au total, dont trois suites. Fidèle à la logique parisienne globale du ChouChou, l’architecte d’intérieur a puisé dans tous les codes de l’appartement parisien traditionnel. On y retrouve par exemple des moulures, du velours, du parquet posé à bâtons rompus, ou encore de la faïence à carreaux dans les salles de bain. Les trois suites, de 39 à 56 m2, sont situées juste sous les combles, avec vue sur les toits de l’opéra Garnier. Comme imaginé par Michaël Malapert, elles s’inspirent de grandes figures populaires de la chanson : Édith Piaf pour la Vie en rose, Boris Vian avec l’Arrache- Coeur, et Serge Gainsbourg. Ce dernier est à l’honneur dans la suite l’Anamour à l’ambiance studio d’enregistrement complètement assumée, avec des portraits de Brigitte Bardot et de Jane Birkin, ainsi qu’un piano et des vinyles de l’artiste parisien. En somme, un concentré d’hommage réuni en un aménagement original rue du Helder. Un petit hymne à l’amour de Paris…