Concept et Fabrication: la réactivité du sous-traitant

Concept et Fabrication: la réactivité du sous-traitant

Avec un chiffre d’affaires qui a quasiment quintuplé en dix ans, la société Concept et Fabrication est un modèle d’évolution positive. Située à Boufféré en Vendée, elle est gérée depuis 2010 par un dirigeant dynamique qui mène une stratégie tournée vers l’investissement. Portrait d’un entrepreneur audacieux.

Comme une image vaut parfois mieux qu’un long discours, voici par un «simple» chiffre résumée toute l’ambition de Concept et Fabrication: 1,6 million d’euros. Telle est la somme investie par l’entreprise vendéenne en à peine deux ans pour ses locaux et son parc machines. Il faut dire que, depuis 2010 et sa reprise par David Courtier, la société basée à Boufféré, à mi-chemin entre Nantes et La Roche-sur-Yon, n’en finit plus de se développer. «Nous sommes exclusivement sous-traitant ou prestataire de services, résume le dirigeant, et nous travaillons directement pour les professionnels et les entreprises. Nous ne nous qualifions pas d’agenceur à proprement parler car, si nous disposons d’un bureau méthodes et de la production, nous n’avons ni métreur ni poseur. En revanche, nous travaillons régulièrement pour ou avec des agenceurs, en tant qu’exécutant.»

Une histoire née avec le bois

«Nous ne sommes pas de vrais spécialistes, mais nous sommes des généralistes spécialisés», s’amuse David Courtier. En faisant de la sous-traitance son cœur de métier, la société a élargi son spectre de compétences ainsi que son portefeuille de clients. Historiquement spécialisée dans le bois, l’entreprise a évidemment conservé cet héritage : il représente encore 80% de son activité. Mais le travail d’autres matériaux se développe d’année en année, permettant de proposer «une complémentarité de l’offre ». Créée par deux ébénistes, Concept et Fabrication dispose toujours d’un savoir-faire dans le bois massif, les placages, les panneaux, le contre-plaqué… et s’est diversifiée en travaillant notamment les matériaux composites, le plastique, les mousses ou encore le HPL et la résine. «Nous travaillons toute matière à plat non ferreuse, hors pierre, ciment et verre. Depuis dix-huit mois, nous travaillons également la résine de synthèse type Corian pour la fabrication de plans de travail, de fonds ou parois de douche… ce qui représente environ 15% de notre chiffre d’affaires. » Surtout, la structure vendéenne s’est spécialisée dans les petites et moyennes séries, du débit à la finition en passant, bien sûr, par l’usinage et le montage.

De la plaisance à la marine, une production à flot

Son chiffre d’affaires, estimé à 5,4 millions d’euros pour l’exercice 2021, Concept et Fabrication le réalise pour moitié (ou presque, entre 40 et 50%) grâce à l’industrie navale et nautique. En tête de liste, le géant français Bénéteau évidemment, pour lequel la société réalise soit des pièces simples comme des poignées ou des caillebotis, soit des agencements complets de bateaux, structures de banquettes et hublots compris. Pour ce faire, la société travaille régulièrement des essences fines ou exotiques telles que le teck, le moabi, le sapelli ou encore l’okoumé. «Nous fournissons la plupart des chantiers sur l’Atlantique, commente David Courtier, mais très peu ceux de la Côte d’Azur, car la distance devient un frein pour nous.» En termes de construction navale, Concept et Fabrication produit des éléments aussi bien à destination des bateaux de plaisance, à voile ou à moteur, que pour des bâtiments de travail ou des patrouilleurs dans le cadre de contrats spécifiques.

Nous ne sommes pas de vrais spécialistes, mais nous sommes des généralistes spécialisés.

L’agencement de commerces est une des spécialités du sous-traitant.

L’agencement de commerces est une des spécialités du sous-traitant.

Des clients aussi variés qu’exigeants

L’activité de Concept et Fabrication ne s’arrête pas aux bateaux. Les véhicules de loisir (camping-cars principalement) représentent environ 15% du chiffre d’affaires, tandis que 20% proviennent de projets d’agencement intérieur et de mobilier, notamment pour les commerces et les boutiques. La société a par exemple été amenée à travailler pour une marque haut de gamme de maillots de bain: elle a réalisé l’intégralité de l’agencement et du mobilier pour de nouvelles boutiques en France et à l’étranger. Ses réalisations sont ainsi mises en valeur à Dubaï, Tokyo ou encore New York… Plus proche de nous, l’entreprise a réalisé l’agencement de bornes d’accueil et de comptoirs de boutiques éphémères devant prendre place sur le parvis de Notre-Dame de Paris, pour générer quelques profits pendant la durée du chantier. Mais en raison de la pollution au plomb, le projet est gelé pour le moment… Dans le même ordre d’idées, la société a fabriqué des comptoirs en partenariat avec un groupement de pharmacies françaises. «70% de notre activité provient de marchés récurrents, conclut le dirigeant, pour une zone de chalandise principalement régionale.» 60% des commandes rayonnent ainsi à moins de 100 km de l’atelier de Boufféré, tandis que 30% concernent la façade atlantique de Vannes à Bordeaux, et que les 10 % restants partent ailleurs en France et à l’international.

La culture de la sous-traitance

Ce profil de sous-traitant, David Courtier n’a connu que lui dans ses différentes expériences professionnelles. Diplômé d’un master en économie, gestion et commerce international doublé d’un CAP de menuisier, il a ensuite évolué dans plusieurs PME exécutantes dans le domaine de la mécanique ou du métal. «Mais j’ai toujours eu une forte volonté d’entreprendre, et je voulais surtout revenir vers le bois », détaille-t-il. Lors de son CAP, son souhait de carrière se dirigeait vers l’ébénisterie d’art ou la charpente de marine. Une sorte de retour aux sources donc, lorsqu’il reprend Concept et Fabrication en 2010. «Il me fallait une petite structure finançable, spécialisée dans la sous-traitance autour du bois, avec tout de même quelques moyens matériels et humains », se remémore-t-il. En 2010, la société compte six salariés et dispose déjà d’un centre d’usinage à commande numérique parmi ses machines, pour un chiffre d’affaires d’environ 700000 euros. Rapidement, l’entreprise gagne en importance et acquiert un second centre d’usinage à commande numérique dès 2013, puis déménage dans ses locaux actuels de Boufféré en 2015, sur une surface de 2000 m2 (soit 30% supplémentaires). Aujourd’hui, le site compte 40 collaborateurs (dont 10 femmes et 6 apprentis) qui évoluent dans un atelier dont la surface a été doublée fin 2018 grâce à un investissement d’environ un million d’euros. Surtout, sur ces désormais 4000 m2 , l’entreprise présente un parc de machines flambant neuf au terme de nombreux achats réalisés ces deux dernières années avec Gedimo.

Maintenance préventive plutôt que curative

«La principale qualité d’un sous-traitant, c’est la réactivité, assure David Courtier. Pour travailler dans de bonnes conditions, il faut évidemment de bons outils et des machines modernes. Mais pour être à la fois réactif et performant, nous ne pouvons pas nous permettre, en tant que sous-traitant, qu’une de nos machines tombe en panne, ou qu’elle le reste trop longtemps.» C’est pour cette raison que le dirigeant a choisi de travailler avec le groupe Gedimo, revendeur de machines dans l’Ouest, de la Vendée à la Manche en passant par toute la Bretagne. Celui-ci accompagne les TPE et PME dans l’achat, l’installation et la mise en route de leurs machines par l’intermédiaire d’une quinzaine de technico-commerciaux qui sillonnent la région. Surtout, il propose un contrat de maintenance avec un nombre de passages déterminé au sein même de l’entreprise, afin d’anticiper les éventuels problèmes. «Il vaut mieux une maintenance préventive que curative, assure David Courtier, c’est plus intéressant financièrement sur le long terme et cela évite les arrêts de production intempestifs.» Concept et Fabrication a signé son contrat de maintenance en octobre 2019 pour quatre rendez-vous par an.

Un parc machines attractif

Disposant d’un contrat d’exclusivité avec le fabricant italien de machines SCM, Gedimo a fourni la quasi-intégralité du parc de Concept et Fabrication. En deux ans, la société vendéenne a investi 600000 euros dans ses machines: «Nous avions la volonté d’avoir un matériel suffisamment optionné de façon à ne pas nous fermer de marchés ou d’opportunités et à pouvoir répondre à des prestations globales.» Ont ainsi été acquises: une scie circulaire à format SI 400 Class, avec puissance majorée de 12 CV pour le débit de bois massif; une corroyeuse-moulurière Profiset 60EP avec commande électronique des deux axes; une toupie TI 145 Class à arbre inclinable et programmable sur trois axes; une ponceuse large bande DMC SD90 dotée de rouleaux, rouleaux-patins électroniques sectionnés et égrenage en sortie par groupe à satiner oscillant; et une plaqueuse de chant Olimpic K560 avec débit numérisé du bac à colle. Surtout, l’entreprise a réalisé deux importants investissements pour un nouveau centre d’usinage à commande numérique et une ligne de nesting. Le premier, CN Morbidelli M200F, présente une aire d’usinage de 3710 mm par 1620 mm, pour un passage de pièce de 2200 mm sur l’axe Y et 250 mm sur l’axe Z. Très polyvalent, il permet le travail en pendulaire et le maintien de petites pièces avec huit zones de vide. Il dispose également d’un électromandrin cinq axes à faible encombrement, d’un groupe de perçage F23 et de deux magasins d’outils (dont le Fast 14 embarqué pour le changement rapide), pour un total de 28 outils. La ligne de nesting Morbidelli M400 F est composée quant à elle d’un dispositif élévateur automatique de chargement de panneaux de dimensions 3650 mm par 2120 mm avec étiquetage également automatique, d’une cellule d’usinage cinq axes similaire à la M200F citée précédemment mais avec un groupe de perçage F26, et d’un tapis de sortie des pièces. Enfin, pour compléter son parc, la société dispose de trois presses de collage à plat dont une chauffante, d’une cadreuse, d’une volucadreuse et d’une rotative.

Une part importante du chiffre d’affaires se fait sur le nautisme...Une part importante du chiffre d’affaires se fait sur le nautisme…

 

 

 

 

 

... pour lequel la société fournit quasiment tous les chantiers de l’Atlantique.

… pour lequel la société fournit quasiment tous les chantiers de l’Atlantique.

 

 

 

 

 

 

 

Polyvalence, autonomie, semi-automatisation… nous sommes toujours en recherche de gains de productivité.

De belles perspectives

Avec de telles dépenses, on pourrait penser que la société est parée pour un moment, mais David Courtier ne compte pas s’en arrêter là. «Notre atelier est désormais bien équipé, mais nous sommes toujours en recherche de gains de productivité. Certains postes peuvent être semi-automatisés, tandis que nous pouvons encore améliorer la polyvalence et l’autonomie de certains opérateurs.» Le dirigeant entend surtout développer ses compétences sur d’autres matériaux que le bois: «Avec toutes les questions environnementales, il deviendra peut-être plus compliqué de travailler les bois tropicaux…» En termes de machines, il pense notamment à une presse à membrane, ou à installer un quatrième centre d’usinage à commande numérique dans ses locaux. Un atelier déjà agrandi qui deviendra rapidement trop petit si l’entreprise poursuit son développement. Et David Courtier de conclure : «Je n’attends pas d’avoir un marché pour investir. » Ni pour réussir, visiblement!