
Les sujets d’édito ne sont pas toujours faciles à déterminer en temps normal. Mais qu’est-ce qu’une période normale ? Peut-être une temporalité au cours de laquelle aucune actualité ne prend réellement le dessus sur une…
Les sujets d’édito ne sont pas toujours faciles à déterminer en temps normal. Mais qu’est-ce qu’une période normale ? Peut-être une temporalité au cours de laquelle aucune actualité ne prend réellement le dessus sur une autre, une époque où l’on en viendrait presque à regretter qu’aucun événement un peu moins ordinaire ne vienne nous apporter un tout nouveau sujet pour nous faciliter le travail. Eh bien, ces phases-là, on en vient à les regretter…Comment ne pas évoquer les vastes mouvements sociaux qui ont secoué notre pays en 2018 et 2019, de la réforme des retraites aux gilets jaunes en passant par les grèves et la paralysie des transports en commun ? Comment passer sous silence la pandémie mondiale qui nous a frappés de plein fouet, et la crise sanitaire qui se poursuit ? Et comment, aujourd’hui, détourner les yeux de l’horreur qui se déroule à nos portes, réminiscence d’une ère impérialiste que l’on espérait définitivement révolue ? On ne le peut pas.
Quel rapport avec ce magazine me direz-vous ? Aussi tragique la situation soit-elle, en quoi le secteur de l’agencement se sentirait-il concerné alors même que ce que l’on pourrait appeler les « années Covid » ou « l’effet confinement » auront eu des répercussions relativement bénéfiques sur l’aménagement intérieur, avec des carnets de commandes très (trop !) remplis ? Peu de liens directs, il faut bien l’avouer, mais beaucoup de dégâts collatéraux à venir – comme dans toute guerre, finalement. Si les lister serait faire preuve de prétention, les oublier relèverait de la bêtise.
Tensions sur les matières premières, difficultés d’approvisionnement en matériaux, inflation inéluctable, hausse considérable du coût de l’énergie… les problèmes en cours et à venir ne manquent pas. Un récent sondage du Syndicat des indépendants (SDI, qui ne représente donc que les TPE) l’illustre : 88 % des adhérents ayant répondu et issus du secteur du BTP « se retrouvent avec des bons de commande signés sur la base d’un prix des matières premières très inférieur aux prix actuels », donc avec moins de marge, et de ce fait moins de rémunération.
Mais au-delà des retombées purement économiques, c’est le moral qui va de nouveau prendre un coup. Après deux années de doutes et de crise sanitaire, la guerre initiée par Vladimir Poutine est un énorme motif d’incertitude supplémentaire… Selon le même sondage, 90 % des chefs d’entreprise interrogés mentionnent un impact négatif sur leur activité, 77 % développent un « fort sentiment d’inquiétude », et 53 % craignent directement l’extension du conflit en Europe et l’implication de notre pays. Certes, on peut faire dire ce que l’on veut aux sondages, particulièrement en ces périodes électorales très clivantes. Force est cependant de constater que l’absence de conséquences n’est clairement pas au programme. Et qu’une fois de plus les professionnels vont devoir faire le dos rond et encaisser.
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