
À Paris, non loin du pont de Bir-Hakeim, Maison A&G a assuré la métamorphose d’un appartement haussmannien de 140 m², imaginé comme un refuge élégant pour un père et son fils. Fidèles à leur sensibilité – une écriture délicate, attentive aux détails, toujours ancrée dans le sur-mesure – Gabrielle Joinau et Audrey Chuquet ont composé un intérieur qui assume sa masculinité sans renoncer à la douceur. Tout repose sur un jeu de matières et de lignes : noyer, noir profond et blanc lumineux structurent l’espace, signant l’identité du projet.

L’entrée donne immédiatement le ton. Les architectes d’intérieur y ont travaillé le contraste pour créer un sas sensoriel entre Paris et l’intime. Les parois sombres et la présence du noyer redessinent la circulation, mettant en scène la transition vers le double séjour. Ce dernier, baigné de lumière, retrouve une cohérence spatiale grâce à un travail précis sur les volumes et la perspective. Une bibliothèque, en noyer toujours et dessinée sur mesure, devient l’épine dorsale du salon, tandis qu’une console coordonnée prolonge la ligne dans la salle à manger. En bout de pièce, deux grands miroirs axiaux captent la luminosité et étirent visuellement la profondeur : un dispositif simple, mais essentiel pour révéler la générosité du lieu sans en modifier la structure haussmannienne. Les éléments patrimoniaux – moulures, cheminées, hauteurs de porte – sont conservés, en respiration. Leur rôle n’est plus décoratif, mais architectural : ils cadrent les interventions contemporaines et intègrent le mobilier sur mesure dans la noblesse d’un dialogue entre époques. La grande table en bois massif, centrale, articule les usages du quotidien et souligne la symétrie de la pièce. Pour la cuisine, longiligne, Maison A&G a misé sur une écriture graphique. Les lignes se resserrent, les perspectives se tendent. Un miroir sur mesure instaure un effet de profondeur et réfléchit les rythmes du mobilier. Le granit noir Zimbabwe, brut et texturé, introduit une matérialité minérale qui équilibre le duo noyer/blanc laqué. Les rangements, parfaitement intégrés, accentuent le caractère monolithique de la pièce. Le coin nuit explore, lui, deux atmosphères. Dans la suite parentale, le travail du sur-mesure épouse la courbe naturelle de la pièce : une tête de lit tapissée, ceinturée de noyer, structure la chambre sans en rompre la douceur. Les lignes sont adoucies, l’ambiance feutrée, presque enveloppante, pensée comme un refuge surplombant les toits de Paris. La chambre du fils présente une composition plus graphique : la tête de lit, rythmée de niches rétroéclairées en noyer, introduit un vocabulaire à la fois ludique et sophistiqué ; l’éclairage indirect y joue un rôle clé, cadrant l’espace, guidant la matière et installant une profondeur discrète mais essentielle à la lisibilité du volume. Les salles d’eau, traitées avec la même exigence, prolongent cette cohérence. Les tonalités neutres du carrelage Marazzi, les agencements sur mesure et la robinetterie canon de fusil composent un univers apaisant et fonctionnel. Maison A&G livre ici un intérieur équilibré, mature, maîtrisé, un lieu qui conjugue héritage haussmannien et gestuelle contemporaine, et où le design d’intérieur devient un art de la nuance.